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Accueil du site || Actualités || Revue de presse || Après le P2P, le journalisme citoyen dans le collimateur du ministre ?
Cet article a été rédigé par un reporter d’AgoraVox, le journal média citoyen qui vous donne la parole.

Ce mardi à 15h doit reprendre à l’Assemblée nationale la discussion sur le projet de loi sur le droit d’auteur dans la société de l’information (DADVSI). Alors que les manoeuvres du ministre de la Culture ont été condamnées jusque dans les rangs de l’UMP, une déclaration de Renaud Donnedieu de Vabres nous fait craindre bien pire encore pour notre avenir, y compris celui d’AgoraVox.

Nous sommes tous concernés au plus haut point par le projet de loi sur le droit d’auteur dans la société de l’information. Car au-delà du droit d’auteur, c’est toute la liberté d’expression qui est menacée à terme, et notre liberté à seconder les médias traditionnels.

Nous l’avons souvent répété sur Ratiatum, le peer-to-peer et le journalisme citoyen sont deux sujets extrêmement proches dans leurs causes et dans leurs conséquences. Le journalisme citoyen, dominé en France par le journal en ligne Agoravox.fr, est un mouvement qui fait de milliers d’internautes les premiers reporters d’évènements et souvent les meilleurs commentateurs. Comme l’explique Dan Gillmor, gourou du journalisme citoyen aux Etats-Unis, lorsqu’un rédacteur écrit un article sur Internet, il est toujours certain que des lecteurs seront mieux informés que lui. Le journaliste, spécialiste de tout mais expert en rien, se trouve confronté aux réponses immédiates de milliers d’experts dans les sujets qu’ils traitent. Les journalistes traditionnels sont habitués à une information monodirectionnelle, d’eux vers le lecteur. Les journalistes citoyens au contraire, veulent engager des conversations et attendent de leurs lecteurs qu’ils les instruisent davantage. La relation entre le rédacteur et l’auteur, et la manière d’aborder le journalisme, s’en trouvent totalement bouleversées.

Surtout, nous le disions, le journalisme citoyen et le P2P ont les mêmes causes et les mêmes conséquences. Grâce au réseau, les internautes deviennent eux-mêmes producteurs et distributeurs (de contenus ou d’information) et les producteurs et distributeurs traditionnels perdent la concentration qui assurait leur monopole.

Là où une dizaine de quotidiens au plus diffusent toute l’information, la blogosphère se compose de millions d’internautes qui témoignent, informent, et analysent. Le monopole des grands journaux, des radios et des télévisions se trouve menacé par cette déconcentration de l’offre informationnelle.

Sans doute est-ce pour le mieux, et là où les maisons de disques et les distributeurs peuvent se réfugier derrière le droit d’auteur pour refuser d’évoluer, les journaux n’ont aucun droit de propriété sur l’information. Les médias traditionnels seront obligés de se réformer s’ils veulent survivre à l’heure d’Internet, et beaucoup ont déjà amorcé cette transition.

 Attention, ce train peut en cacher un autre

Mais Renaud Donnedieu de Vabres, déjà très impopulaire pour le DADVSI, semble vouloir encore protéger les grands médias. "Ce texte pour moi, n’est d’ailleurs que le premier d’une longue série d’adaptations de notre droit à l’ère numérique et je compte bien, par exemple, m’attaquer un jour au problème de la presse et de l’Internet", prévient ainsi le ministre dans une interview à Libération. "C’est un autre sujet capital parce qu’il n’y aura pas d’informations de qualité sur l’Internet sans de vraies signatures, de vrais acteurs dont c’est le métier. L’Internet est une grande chance, mais je ne veux pas l’idéaliser, et sans un cadre clair, beaucoup de ces chances pourraient être gâchées", explique RDDV.

 Qui ne sursaute en lisant que le projet de loi DADVSI est, pour RDDV, "le premier d’une longue série" ?

Mardi matin, RDDV rencontrait Patrick Le Lay, président-directeur général de TF1. Alors que les débats sur DADVSI reprendront l’après-midi, les deux hommes sont convenus sans doute d’éviter d’en faire écho dans le journal de 20h. Au bord du précipice après ses erreurs successives et ses caricatures répétées, RDDV veut éviter tout ce qui pourrait l’y pousser, d’autant plus que le projet de loi semble être devenu otage du CPE, sur décision du premier ministre.

 Relisons Dan Gillmor pour mieux comprendre RDDV

Pour comprendre l’interaction, bien plus fine et perverse qu’on ne le croit, entre le droit d’auteur, Internet et le journalisme, il est parfois bon de retourner à quelques lectures de référence. Au hasard (ou presque) d’une lecture de l’introduction du livre We the media de Dan Gillmor, le lecteur ne pourra être qu’interloqué d’autant de clairvoyance sur ce que Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV) promet de mettre en place.

Dan Gillmor a été pendant plus de 25 ans journaliste, éditorialiste américain reconnu du Mercury News. Son ouvrage We the media est une référence absolue pour qui s’intéresse au phénomène des médias citoyens, dont il est l’un des précurseurs et l’un des meilleurs spécialistes. Dans l’introduction de cet ouvrage phare, l’auteur s’interroge sur les conséquences des médias citoyens, qui font potentiellement de millions de blogueurs de nouveaux "journalistes". Alors qu’il écarte d’abord le scénario d’une anarchie totale de l’information, Gillmor craint l’arrivée d’un deuxième scénario, d’un monde de musellement de l’information. Page XVII, on peut ainsi lire : (traduction)

"Dans ce scénario, nous pourrions être témoins d’une alliance redoutable entre l’industrie du divertissement - ce que j’appelle ’le cartel du copyright’, et du gouvernement.

Les gouvernements sont très mal à l’aise face à la libre-circulation de l’information, et ne la permettent que dans une certaine mesure. Les réformes législatives restrictives et les mesures techniques pour empêcher la violation de droit d’auteur pourraient mener un jour à devoir demander la permission pour publier, ou alors à ce que publier hors des sentiers battus semble trop risqué. Le cartel a ciblé certaines des innovations essentielles pour les actualités de demain, telles que le partage des fichiers qui facilite effectivement la violation de droits d’auteur mais qui offre aussi aux journalistes citoyens l’un des seuls moyens abordables pour distribuer ce qu’ils créent.

Le gouvernement insiste sur le droit de tracer tout ce que nous faisons, mais de plus en plus d’hommes politiques et de bureaucrates ferment l’accès à ce que le public doit savoir - l’information qui fait de plus en plus surface à travers les efforts des médias non traditionnels".

De quoi mettre en lumière les récentes déclarations du ministre de la Culture... et surtout de quoi faire peur. A la veille des discussions sur la DADVSI, il aurait été paranoïaque d’y croire. Aujourd’hui et après cette déclaration du ministre de la Culture, il serait dangereux de ne pas y songer.

Les ramifications du projet de loi sont inconnues, mais au delà d’AgoraVox, c’est la liberté d’expression dans ce qu’elle a de plus cher qui est menacée.

Seules des actions symboliques concrètes, qui feront sortir les internautes de l’invisibilité médiatique d’Internet, semblent désormais capables de convaincre le gouvernement de faire marche arrière. Il semble plus important que jamais de bloquer le train DADVSI qui traîne derrière lui nombre de wagons encore inconnus.

Amis lecteurs et rédacteurs d’AgoraVox, pesez de tout votre poids pour que l’avenir dessiné par Renaud Donnedieu de Vabres ne se réalise pas.

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