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Le tragique accident de l’école de chimie de Mulhouse relance le débat sur la sécurité dans les laboratoires du CNRS et des universités. Il n’est pas question ici de commenter cet accident, avant les conclusions de l’enquête, mais de mettre en évidence les progrès qu’ont faits les laboratoires et les insuffisances persistantes de notre système de recherche.

Le prix de la sécurité dans les laboratoires http://www.humanite.presse.fr

Comment lier davantage recherche scientifique et prévention des accidents ?

Pendant des années, l’hygiène et la sécurité n’ont pas été prises en compte, en témoigne la tragédie de l’amiante qui frappe à Jussieu et ailleurs les scientifiques qui ont vécu dans des locaux floqués ou qui ont manipulé ce matériau. Mais maintenant dans chaque université, comme dans chaque délégation régionale du CNRS, travaillent au moins un ingénieur sécurité et un médecin de prévention. Presque tous les laboratoires sont dotés d’une commission hygiène et sécurité et doivent élaborer un document unique qui les implique dans une procédure de recherche d’amélioration de la sécurité.

Il reste beaucoup à faire, au niveau des budgets, des hommes et des règlements.

Le CNRS et les universités ont l’obligation d’appliquer le Code du travail en matière de sécurité et le Code de l’environnement en matière de déchets et d’effluents. Mais l’État publie des réglementations sans donner à ses établissements les moyens financiers de les appliquer. Dans nombre d’universités, le parc immobilier est profondément dégradé. Il faut souvent choisir entre investir dans un nouvel équipement scientifique ou dans l’entretien du patrimoine.

La sécurité dans les laboratoires coûte cher. La réglementation impose de placer en extérieur toutes les bouteilles de gaz toxiques ou explosifs. Il faut faire installer par une entreprise agréée une ligne de gaz qui va de la bouteille jusqu’à l’installation expérimentale. Le coût dépasse les 4 000 euros par ligne de gaz, et il y a des dizaines de bouteilles de gaz dans un labo. Quel est le laboratoire qui a disposé depuis la mise en oeuvre de cette réglementation en 1999 du budget pour se mettre aux normes ? Le respect du Code de l’environnement, pour un labo de 240 personnes comme le mien, impose de trier et de faire traiter la totalité des déchets, y compris les effluents liquides, cela revient à 16 000 euros tous les ans ! La mise en sécurité de deux petites salles consacrées à la synthèse de nanomatériaux a coûté 500 000 euros, sans compter le matériel scientifique. Le contrat de maintenance du seul système de détection des gaz dangereux de ces salles nous revient à 5 000 euros par an ! La recherche coûte cher, sans financements annuels réguliers, comment les labos peuvent-ils maintenir en état leurs installations et respecter les réglementations qu’édicte l’État ?

La sécurité nécessite aussi d’investir dans les hommes et dans les métiers techniques. En 1986, on comptait au CNRS 1,5 ITA (ingénieurs, techniciens et administratifs) pour un chercheur, ce rapport est tombé à 1,25 en 2004. Plus grave, les directions successives ont privilégié le recrutement des ingénieurs et des techniciens supérieurs en préconisant le recours à la sous-traitance pour les métiers techniques. Mais ce n’est pas une entreprise sous-traitante qui peut sans délai changer une bouteille de gaz ou vidanger une pompe à vide, et ce n’est pas non plus un ingénieur, si bien formé théoriquement soit-il. Une expérience, il faut d’abord la construire et l’entretenir. Le CNRS et les universités doivent recruter plus massivement des jeunes sortant des lycées professionnels et leur proposer une vraie carrière.

Les labos sont en ce moment remplis de stagiaires de toute nature, car le patronat demande aux universités de lui fournir des diplômés prêts à l’emploi. Comment encadrer correctement ces jeunes, garantir leur sécurité, faire avec eux les expériences dangereuses qu’ils n’ont pas l’autorisation réglementaire de faire seuls, dans les conditions actuelles de sous-effectifs techniques et scientifiques ?

La recherche ne doit pas se faire sans sécurité. Pour mettre aux normes les locaux et les entretenir, il faut des crédits réguliers sur la durée et des recrutements de techniciens. Malheureusement, la loi sur la recherche qui vient d’être votée favorise les financements au coup par coup sur projets scientifiques et ne prévoit aucun plan pluriannuel d’embauche, notamment pour les personnels techniques.

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