Déterminer et Identifier le climat anxiogène de l’entreprise
par jean-luc mathieu
Dans toute approche concrète d’analyse des facteurs d’anxiété et de stress dans l’entreprise, il est indispensable d’établir un rapport d’observation sur l’ambiance et sur les pratiques internes qui semblent inadéquates, sortent de la légalité, de la déontologie et qui, par conséquent, occasionnent un stress dû au climat social en général. Cette étape est liée de façon occasionnelle à une mission générale d’une vingtaine de jours (interne ou externe) en « intra - établissement » pour « sentir » les problèmes qui sont évoqués ci-dessous, elle fait l’objet d’un rapport global circonstancié.
C’est un état des lieux des conditions de travail de l’entreprise. Cette étape est une qualification ressentie de l’état « émotionnel interne » de l’entreprise.
Le stress ressenti,
Le stress ressenti peut être décrit comme le malaise que l’on ressent simplement quand on est sur son lieu de travail, voire simplement en pensant qu’il faut aller à son travail. Le Dimanche soir par exemple est souvent une catastrophe pour de très nombreux salariés. Certains ne dorment pas de la nuit, d’autres ont des nausées très fréquentes, enfin et c’est beaucoup plus subtil, certains, enfin n’arrivent pas à prendre des vacances tellement ils sont préoccupés, ou mieux encore, le stress omniprésent de l’activité professionnelle ne les quitte qu’au bout de plusieurs jours de vacances et l’on assiste alors à une « dépression (pression qui baisse) » avec de très fréquents maux de tête et une fatigue importante qui s’installe d’un seul coup.
L’écoute avertie et ressentie,
C’est un des domaines les plus restreints dans une organisation très procédurière, il est souhaitable de faire les efforts nécessaires pour lui permettre d’exister dès le début afin que le temps fasse qu’elle puisse s’épanouir. Est ce que j’ai vraiment l’impression que l’on me laisse m’exprimer sur les problèmes qui me concernent directement et qui concernent plus spécifiquement mon travail, mon organisation, mes tâches et l’ensemble des critères qui qualifient mon poste ??? Ou est ce que je ne suis de toute façon que l’objet de jugement en permanence sans avoir à dire ce que je pense car je suis un(e) subalterne.
Le niveau de dialogue,
C’est le principe clé de la communication libre dans l’entreprise. Concernant les personnes qui m’entourent et avec lesquelles je travaille, avons-nous des échanges, avons-nous des plages de dialogue et de partage concernant directement notre travail, y - a - t - il de l’entraide entre collègues devant une difficulté quelconque. Est ce que j’ai pu parler quelquefois de mes soucis personnels à quelqu’un dans l’entreprise ??
L’empathie,
Il n’y a que l’exemple et la réelle bonne volonté de certains qui peuvent faire que de telles attitudes se généralisent dans les entreprises. Elle permet de passer très au-delà de la notion de jugement et de critiques et elle peut aider à s’installer l’entraide et la solidarité. Existe-il une capacité de se mettre à la place ? Est ce que je ressens que mon(a) patron(ne) arrive réellement à se mettre à ma place quand je suis confronté à une difficulté ? Est ce que j’ai une attitude empathique vis-à-vis de mes collègues subalternes ou au même niveau ? Quel est l’exemple institué dans la société ?
La congruence,
C’est la réalité consciente que ce que nous ressentons et percevons dans notre relationnel quotidien est en corrélation avec l’idée que nous nous en faisons et avec la réalité de ce qu’elle est, et que nous avons une motivation positive dans sa durée, notamment dans la communication. La plus grande barrière qui s ’oppose à une communication mutuelle interpersonnelle de qualité est notre tendance à juger, évaluer, approuver, désapprouver les dires, les écrits de toute autre personne ou tout autre groupe. En un mot, à générer du stress négatif. Une réelle communication s’établit et cette tendance à juger est évitée lorsque nous écoutons avec compréhension. Il faut donc « écouter avec discernement et comprendre avec empathie. Se mettre à la place de l’autre. Etre capable de comprendre le point de vue de l’autre ». C’est une voie simple mais très ardue à mettre en œuvre.
La motivation,
Elle est essentielle pour avoir envie d’aller travailler tous les jours. Elles est le plus souvent véhiculée par un moteur externe, le chef direct, le grand patron, mais peut aussi s’auto - alimenter par l’ambition et la volonté de réussite ou de bien faire. Est ce que l’on arrive à se soutenir et se motiver ensemble quand il y a vraiment beaucoup de travail ? Est il arrivé que l’on sente un vent de chaleur humaine venant du dessus pour nous encourager dans notre mission, est ce que tout se résume toujours à plus d’argent et d’avancement et de pouvoir ??
La corruption, état et devenir,
C’est un des grands facteurs prédominants du stress induit indirect. Par le fait de savoir que cela existe, par le fait de la permissivité générale à l’égard de ces pratiques. Devant l’inutilité du respect de principes d’éthiques et de morale, il est souvent la cause de la mise en place d’une corruption généralisée ou de détournements internes (puisqu’il le fait à une grande échelle, je peux bien me permettre un peu cela). « Camera Café » est un très bon exemple de ce qui se passe dans ces pratiques permissives , on ne connaît plus très bien où se trouve la limite à ne pas dépasser. Invitations en clientèle frauduleuse, fausses notes de frais, détournements de fournitures scolaires, vols de blocs de papier de photocopieuse, utilisation des instruments de travail (PC, DVD, visionneuse, photocopieur…) à des fins personnelles, détournements de cadeaux d’entreprise, fausses déclarations de stock, cadeaux exagérés de fournisseurs, chantages aux cadeaux auprès des fournisseurs, entente illicite auprès d’acheteurs clients achetés… Il y a une grande différence de traitement et d’impact entre les personnes qui ont accès aux postes qui peuvent donner lieu à la corruption (achats, commerciaux, ventes, stocks,…) et les personnels qui ne font pas partie du circuit de la corruption, notamment les administratifs subalternes.
Le harcèlement moral et physique, état et devenir,
Le harcèlement est une des techniques de discrimination les plus subtiles qui existent. C’est la mise en quarantaine dans les conversations, c’est écarter volontairement et inciter l’entourage à le faire, un collègue sous prétexte qu’il n’est pas de l’avis de la ligne du parti. Le harcèlement c’est invectiver vivement et de façon répétée pendant de très nombreux mois une personne et insister sur ses incapacités ou ses manques de façon pernicieuse et « vicieuse » jusqu’à lui provoquer des pertes de contrôle ou des manquements professionnels qui accentueront encore la fragilité de sa situation. Le harcèlement c’est faire du chantage à des subalternes pour obtenir des faveurs affectives ou sexuelles. Le harcèlement c’est faire à l’occasion des remarques blessantes ou humiliantes dans des situations particulières dans lesquelles l’adversaire ne peut pas se défendre afin de le mettre dans une situation d’infériorité et si possible d’emmener l’entourage direct dans la même considération. Le harcèlement c’est souvent une pratique quotidienne qui fait partie intégrante de ce que l’on appelle « Les Us et Coutumes de l’Entreprise », le harcèlement est souvent une culture d’entreprise qui permet à l’ensemble des dominants de dominer les faibles de l’entreprise en adoptant une attitude de prédateur psychologique et physique et d’avoir une réelle main mise sur un cheptel de bonne volonté forcée.
L’organisation officieuse,
C’est une des pires choses qui puissent advenir au sein d’une entreprise, parce que non seulement elle jette le trouble sur la communication et sur les relations avec l’extérieur, mais elle induit une mise en cause réelle et permanente de l’autorité de la structure réelle et des personnes en place.
Les procédures officieuses,
Elles ont pour but de détourner les règles officielles de travail, et mettent souvent en exergue le pouvoir illégitime d’acteurs historiques et incontournables qui sous le couvert de vouloir être au « courant de tout » profitent de la faiblesse des personnes qui entrent dans leur jeu pour pourrir l’atmosphère, détourner et transformer l’information à leur avantage.
L’absentéisme,
C’est une des clés de lecture du mal être réel des personnels en interne. Devant un stress permanent et avéré, devant une inquiétude latente face à l’ambiance au travail, le salarié et/ou le cadre n’a souvent pas d’autre moyen immédiat que l’absentéisme qui le retire de façon immédiate et directe de l’ambiance dans laquelle il se trouve.
La maladie,
Elle est aussi une « dégradation » de l’affirmation précédente et une de ses expressions les plus fortes est « La Dépression… » qui se veut être la maladie professionnelle du siècle, qui, si l’on en croit les statistiques de la médecine du travail, affiche des chiffres les plus alarmants avec des taux de croissance qui mettent en exergue l’inadéquation de l’ambiance de travail, du climat de l’entreprise. L’entreprise permissive dans son acceptation globale détruit petit à petit le moral de ses propres troupes.
Tous ces éléments doivent être répertoriés et quantifiés, échelonnés et classés. Ils peuvent alors être mis en correspondance avec les évènements de la vie de l’entreprise, la grosse commande, le déménagement, la fusion, le changement de DG, le changement de DRH, la mise en place d’une gestion centralisée, le passage au tout informatique, le changement de couleur des bureaux, le voyage d’entreprise…Et cela donne alors le tableau de la vie de l’entreprise et le processus de sa communication interne, le mouvement des choses, les conséquences des décisions, c’est une réelle prise de conscience de l’entreprise en tant qu’entité vivante, réelle et mouvante.
Une fois l’impression globale de Niveau de Stress apparent pré-déterminé, il faut le corréler avce des analyses concrètes.
Une seconde étape consiste à pratiquer des interviews libres (1H30) avec certains salariés, les cadres et les cadres dirigeants de l’entreprise pour déterminer :
Leur niveau d’implication apparent / réel dans l’entreprise,
Quel est votre sentiment d’appartenance réelle à l’entreprise ? Cherchez vous actuellement ou dans un futur proche à quitter l’entreprise ? Que pensez de la stratégie de l’entreprise ? Vous sentez vous en correspondance avec elle ? Vous sentez vous proche de la DG de l’entreprise ?
Leur niveau de stress subi,
Ressentez-vous un malaise quelconque sur votre lieu de travail ? Qualifieriez-vous votre entreprise de stressante ? Avez-vous des insomnies dues selon vous à votre travail ? Avez-vous parfois envie de tout plaquer ? Avez-vous eu récemment l’envie de recourir à des arrêts maladies pour ne plus aller sur votre lieu de travail ? Etes-vous sujet à la « dépression » ou aux sautes d’humeur ou aux baisses de moral très subites ? Avez-vous du mal à partir en vacances ? Avez-vous du mal à profiter de vos vacances ?
Leur prise de conscience des problèmes internes,
Pensez-vous que la DG prenne les bonnes décisions ? Vous sentez-vous force de proposition pour résoudre les problèmes internes ? Pouvez-vous lister ce qui vous semble ne pas aller dans l’entreprise ? Avez-vous une solution en tête pour chacun de ces problèmes ?
Leur volonté réelle / apparente de voir les choses changer,
Avez-vous fréquemment des « coups de gueule » pour changer les choses ? Avez-vous déjà rédiger des notes internes pour souligner l’urgence de certains problèmes ? Avez-vous la volonté réelle de voir les choses changer ? Vous sentez-vous investi d’une action potentielle pour changer les choses ?
Cette étape donne lieu à un rapport détaillé anonyme.