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Accueil du site || Actualités || Revue de presse || À Armoric, après le ras-le -bol, l’intervention déterminée de CHSCT
Dans cette usine de conditionnement du saumon : « Nous attendons le rapport d’un ergonome pour le CHSCT, raconte la déléguée. Nous revendiquerons du matériel adapté pour réduire la pénibilité. Mais l’amélioration passe surtout par l’augmentation des effectifs. Ça joue sur le physique, et sur l’ambiance de travail. »

À quelques kilomètres de Père Dodu, l’usine Armoric emploie 160 salariés, effectif multiplié par deux lors de la « saison » de septembre à décembre, avec l’embauche de saisonniers. Ici, les hommes font les travaux dits « pénibles », comportant le port de charges lourdes, essentiellement le « décaissage » des marchandises. Le travail des femmes, qui représentent 80 % du personnel, mériterait tout autant le qualificatif de pénible : debout toute la journée, dans une ambiance entre 5 et 7 ºc, elles disposent les tranches de saumon sur ces « plats de dégustation » en plastique que l’on trouve dans les supermarchés. « Pendant huit heures, on effectue les mêmes gestes, quel que soit le produit, témoigne Marie-Claire Helaouet, déléguée syndicale CGT. Toutes les femmes ont des douleurs aux jambes, au dos, aux poignets et aux mains, qui vont parfois jusqu’à la tendinite ou au syndrome du canal carpien. Une dizaine de collègues ont une restriction médicale, mais jusqu’à présent elles ont été reclassées à des postes vraiment allégés, comme le collage d’étiquettes. Il n’y a jamais eu de licenciement pour inaptitude. »

La situation est en effet beaucoup moins grave que chez Père Dodu. Sourire aux lèvres, la cégétiste raconte avec fierté comment les salariées ont réussi à stopper la dégradation des conditions de travail. « Je suis entrée chez Armoric en 1995, se souvient-elle. Au début, les conditions étaient assez agréables, mais ça s’est dégradé petit à petit. Le maître mot de la direction, c’était la rentabilité, il fallait produire toujours plus vite. Il y avait moins d’embauche, les effectifs ont baissé, on n’était plus remplacées en cas de maladie ou de congés. On se retrouvait à 5 ou 6 au lieu de 8 ou 9 sur chaque machine. Les problèmes physiques se sont multipliés. » Le ras-le-bol montant, la CGT, « endormie », reprend du poil de la bête et gagne la majorité au comité d’entreprise, en janvier 2004. « Depuis un an, on a obtenu beaucoup, se félicite Marie-Claire Helaouet. Même si pour améliorer réellement les conditions de travail il faudrait tout casser pour reprendre de zéro ! »

L’été 2004, la direction tente de suivre le sillon creusé par Bosch, en remettant en cause l’accord sur les 35 heures. Elle propose de passer à 39 heures payées 37, au lieu de 35 payées 39. « On a refusé de négocier, raconte la déléguée. La situation est restée bloquée pendant deux mois. Un jour, le 3 septembre 2004, le directeur de production a manqué de respect au personnel. On s’est énervées, on a lancé un débrayage. En cinq minutes, quatre-vingts femmes étaient dehors. On revendiquait de rester à 35 heures, le paiement du débrayage, et qu’on discute des conditions de travail. C’était juste avant le début de la saison. On a menacé : s’ils ne rétablissaient pas huit personnes minimum par machine, on arrêterait le travail. La direction a eu peur. On a tout obtenu ! » Depuis, les effectifs sont renforcés sur les machines. « On a l’impression de travailler lentement, c’est agréable. On peut souffler. Les salariées sont moins fatiguées », explique Marie-Claire Helaouet, qui souligne qu’elles « restent vigilantes, pour que la direction de regagne pas du terrain petit à petit ».

Avec le débrayage, les salariées ont aussi obtenu la mise en place d’une réunion trimestrielle sur les conditions de travail, où elles font état des problèmes face à la direction. « Nous attendons le rapport d’un ergonome pour le CHSCT, raconte la déléguée. Nous revendiquerons du matériel adapté pour réduire la pénibilité. Mais l’amélioration passe surtout par l’augmentation des effectifs. Ça joue sur le physique, et sur l’ambiance de travail. »

Selon elle, la situation chez Père Dodu s’explique par la menace des licenciements qui pèse sur les salariés, et les freine pour se battre. « Les salariés se demandent dans quelle charrette ils vont être, c’est pas une bonne ambiance. Chez Armoric, il na jamais eu de licenciements jusqu’à présent, et puis nous sommes plus revendicatives, plus méchantes, plus solidaires. On descend des sardinières, on a l’esprit de clan ! Aux salariés de Doux, je leur dis : il faut se solidariser, se battre, ne pas céder ! »

F. D.

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